Pénalités hypothécaires des cinq grandes banques canadiennes
Au Canada, les cinq grandes banques (RBC, TD, BMO, Banque Scotia et CIBC) détiennent environ 70 % du marché hypothécaire résidentiel. Bien qu'elles soient toutes réglementées par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) au niveau fédéral, leurs méthodes de calcul de pénalité de bris différent considérablement. Pour un emprunteur québécois, comprendre ces différences peut représenter une économie de plusieurs milliers de dollars.
Le principe commun : le plus élevé de deux montants
Toutes les grandes banques appliquent la même règle de base pour les hypothèques à taux fixé : la pénalité est le montant le plus élevé entre trois mois d'intérêts sur le solde restant et le différentiel de taux d'intérêt (DTI ou IRD en anglais). Pour les prêts à taux variable, la pénalité est presque toujours limitée à trois mois d'intérêts. C'est dans le calcul du DTI que les divergences apparaissent et que les emprunteurs peuvent subir des pénalités démesurément élevées.
- Différentiel de taux d'intérêt (DTI/IRD)
- La différence entre le taux d'intérêt contractuel de l'emprunteur et le taux de comparaison du prêteur pour la durée la plus proche de la durée restante au terme. Ce différentiel est appliqué au solde restant et multiplié par le nombre de mois restants au terme, puis divisé par 12 pour obtenir la pénalité annualisée.
Le piège du taux affiche et du rabais
La subtilité la plus coûteuse pour les emprunteurs des grandes banques réside dans l'utilisation du taux affiche. Les grandes banques maintiennent des taux affiches bien au-dessus des taux réels négociés. Quand un client obtient un taux de 4,50 % alors que le taux affiche est de 6,00 %, la banque enregistre un rabais de 1,50 %. Au moment du calcul de la pénalité, la banque prend le taux affiche actuel pour la durée restante et en soustrait le rabais initial. Si le taux affiche pour 2 ans (durée restante) est de 5,00 %, le taux de comparaison devient 3,50 % (5,00 % - 1,50 %). Le DTI est alors de 1,00 % (4,50 % - 3,50 %), ce qui peut générer une pénalité considérable sur un gros solde.
Comparaison banque par banque
- RBC : utilise le taux affiche pour le terme le plus proche de la durée restante. Le rabais initial est déduit du taux de comparaison. Le calcul se fait mois par mois sur le solde dégressif. RBC offre des calculateurs en ligne pour estimer la pénalité.
- TD : similaire à RBC mais utilise systématiquement l'hypothèque collatérale, rendant le transfert à un autre prêteur plus coûteux (décharge obligatoire). Le taux de comparaison peut arrondir au terme supérieur, augmentant parfois la pénalité.
- BMO : méthode comparable aux autres Big 5 avec taux affiche. BMO propose cependant des termes de 3 ans qui offrent plus de flexibilité pour limiter la pénalité. Le calcul utilise le taux affiche pour le terme résiduel.
- Banque Scotia : utilise également les taux affiches mais sa méthode de détermination du terme comparable peut varier. Scotia offre des hypothèques avec privilège de remboursement anticipé de 20 % par année, ce qui peut aider à réduire le solde avant de briser.
- CIBC : méthode similaire aux autres Big 5. CIBC est reconnue pour son programme de portabilité hypothécaire qui peut permettre d'éviter la pénalité lors d'un déménagement. Le calcul du DTI suit la formule standard avec taux affiche.
Ce que le courtier hypothécaire AMF doit vérifier
Avant de recommander un prêteur à son client, le courtier hypothécaire certifié par l'AMF au Québec doit examiner attentivement les clauses de pénalité dans l'offre de prêt. En vertu de la Loi sur la distribution de produits et services financiers (LDPSF), le courtier a l'obligation d'agir dans le meilleur intérêt du client, ce qui inclut la considération des pénalités potentielles en cas de bris avant terme. Le Code de conduite fédéral sur les prêts hypothécaires exige aussi que les prêteurs fournissent des exemples clairs de calcul de pénalité. Le courtier doit s'assurer que le client comprend la méthode de calcul spécifique de son prêteur et les conséquences financières d'un bris anticipé.