La disposition présumée lors du changement d'usage
Lorsque vous cessez d'habiter votre résidence principale pour la convertir en propriété locative, l'article 45(1) de la Loi de l'impôt sur le revenu (L.R.C. 1985, ch. 1, 5e suppl.) prévoit une disposition présumée. Concrètement, vous êtes réputé avoir vendu le bien à sa juste valeur marchande (JVM) au moment du changement d'usage, puis l'avoir immédiatement racheté au même prix. Si la valeur du bien a augmenté depuis votre achat initial, un gain en capital est théoriquement réalisé. Toutefois, si le bien a été votre résidence principale pendant l'ensemble de la période de détention avant le changement, l'exemption pour résidence principale prévue à l'article 40(2)(b) peut éliminer la totalité de ce gain.
Le choix du paragraphe 45(2) : reporter la disposition
Le paragraphe 45(2) de la Loi de l'impôt sur le revenu offre une option précieuse : vous pouvez choisir de ne pas appliquer la disposition présumée et de continuer à désigner le bien comme votre résidence principale pour un maximum de quatre années supplémentaires après le changement d'usage. Ce choix est particulièrement utile si vous prévoyez revenir habiter dans le bien ou si vous souhaitez maximiser la couverture de l'exemption pour résidence principale.
- Vous ne devez pas réclamer de déduction pour amortissement (DPA) sur le bien pendant la période du choix.
- Vous ne devez pas désigner un autre bien comme résidence principale pendant la même période.
- Le choix doit être fait dans votre déclaration de revenus pour l'année du changement d'usage (ou par lettre à l'ARC dans certains cas).
- Le choix peut être prolongé au-delà de quatre ans si vous êtes relocalisé par votre employeur et revenez habiter le bien par la suite.
Impact sur votre hypothèque
Le changement d'usage a des implications directes sur votre contrat hypothécaire. La plupart des prêts résidentiels au Canada contiennent une clause d'occupation stipulant que l'emprunteur doit résider dans la propriété. Si vous convertissez le bien en locatif, vous devez en aviser votre prêteur. Certains prêteurs accepteront la conversion sans modification du prêt, tandis que d'autres pourraient exiger une modification des conditions, un refinancement, ou dans les cas extrêmes, le remboursement du solde. Si votre prêt a été assuré par la SCHL, Sagen ou Canada Guaranty, la conversion en locatif peut ne pas être compatible avec les conditions de l'assurance prêt.
Déductibilité des intérêts après la conversion
Un avantage fiscal du changement d'usage est que les intérêts hypothécaires deviennent déductibles de vos revenus locatifs. Comme le prêt est désormais utilisé pour gagner un revenu, les intérêts constituent une dépense admissible en vertu de l'alinéa 20(1)(c) de la Loi de l'impôt sur le revenu. Cette déduction n'est pas disponible lorsque le bien est occupé comme résidence principale. Il est toutefois important de bien documenter la date du changement d'usage pour séparer les intérêts personnels (non déductibles) des intérêts liés à la location (déductibles).