Hypothèque à la retraite : un dilemme financier courant
Arriver à la retraite avec une hypothèque est de plus en plus courant au Canada. Selon Statistique Canada, un nombre croissant de Canadiens de 65 ans et plus portent encore un solde hypothécaire. La question fondamentale est de savoir s'il est préférable de rembourser l'hypothèque avant la retraite ou de conserver le prêt et d'investir les liquidités disponibles. Il n'y a pas de réponse universelle : la stratégie optimale dépend de votre situation financière personnelle, de votre tolérance au risque et de vos objectifs de retraite.
L'argument en faveur du remboursement
Rembourser son hypothèque avant la retraite élimine une dépense fixe importante et procure une tranquillité d'esprit considérable. Au Canada, les intérêts hypothécaires sur une résidence principale ne sont pas déductibles d'impôt, contrairement aux États-Unis. Le coût réel de l'hypothèque est donc le taux d'intérêt payé, net d'aucun avantage fiscal. Si votre taux hypothécaire est de 5 % et que vos placements rapportent un rendement net d'impôt de 3 %, le remboursement est clairement avantageux. De plus, être propriétaire sans dette réduit vos besoins de revenus de retraite et diminue la pression sur vos décaissements.
L'argument en faveur de l'investissement
Si le rendement espéré de vos placements, après impôt, est supérieur au taux hypothécaire, il peut être mathématiquement avantageux de conserver l'hypothèque. Cela est particulièrement vrai si vos fonds sont dans un CELI, où les rendements sont entièrement libres d'impôt. Par exemple, si votre taux hypothécaire est de 4 % et que votre portefeuille CELI génère un rendement moyen de 7 %, le gain net est de 3 % par année. Toutefois, cette stratégie comporte un risque de marché : les rendements ne sont pas garantis et un marché baissier prolongé pourrait inverser l'équation.
Stratégie de décaissement et fiscalité
La stratégie de décaissement consiste à déterminer l'ordre et le rythme de retrait de vos différentes sources de revenus pour minimiser l'impôt total payé sur l'ensemble de votre retraite. Au Québec, les sources de revenus de retraite comprennent le Régime de rentes du Québec (RRQ), la Sécurité de la vieillesse (SV), les retraits de REER/FERR (imposables), les retraits de CELI (non imposables), les pensions d'employeur et les revenus de placements non enregistrés (dividendes, intérêts, gains en capital). L'objectif est de lisser le revenu imposable d'une année à l'autre pour éviter les sauts de palier fiscal.
Planifier l'amortissement en fonction de la retraite
- Évaluez votre solde hypothécaire actuel: Déterminez combien il reste à rembourser et combien d'années sont nécessaires pour atteindre l'amortissement complet au rythme de paiement actuel.
- Calculez vos revenus de retraite projetés: Additionnez toutes vos sources de revenus prévues : RRQ, SV, pensions d'employeur, retraits de REER/FERR, revenus de CELI et revenus de placements. Votre courtier hypothécaire et votre planificateur financier peuvent collaborer pour établir un portrait complet.
- Utilisez les privilèges de remboursement anticipé: La plupart des hypothèques canadiennes permettent des versements supplémentaires annuels de 10 % à 20 % du montant original du prêt. Maximisez ces versements pendant vos années de revenus les plus élevées pour accélérer le remboursement.
- Ajustez au renouvellement: Au renouvellement, envisagez de choisir un amortissement et un terme qui alignent la fin du prêt avec votre date de retraite. Il est courant d'opter pour des paiements accélérés aux deux semaines plutôt que mensuels pour réduire l'amortissement d'environ 3 à 4 ans sur un prêt de 25 ans.
- Consultez un planificateur financier: Un planificateur financier ou un fiscaliste peut modéliser l'impact fiscal des différentes stratégies de remboursement vs investissement. L'analyse doit tenir compte de votre tranche d'imposition, du rendement espéré de vos placements, de votre admissibilité au SRG et à la SV, et de votre espérance de vie.
Se qualifier pour un prêt à la retraite
Les prêteurs canadiens n'imposent aucune limite d'âge pour accorder un prêt hypothécaire. Le retraité doit néanmoins satisfaire aux critères de qualification de la ligne directrice B-20 du BSIF. Les revenus du RRQ, de la SV, des pensions d'employeur, des retraits de FERR et les revenus de placement récurrents sont tous pris en compte pour le calcul des ratios ABD et ATD. Certaines caisses populaires Desjardins et prêteurs alternatifs peuvent offrir une plus grande flexibilité pour les dossiers de retraités. Un courtier hypothécaire spécialisé peut vous aider à identifier les meilleures options disponibles pour votre profil.