Le mandat de protection : cadre juridique québécois
Le mandat de protection, autrefois connu sous le nom de mandat en cas d'inaptitude, est un instrument juridique fondamental au Québec. Régi par les articles 2166 à 2174 du Code civil du Québec, il permet à toute personne majeure et apte de désigner un mandataire chargé de veiller sur sa personne et d'administrer ses biens advenant qu'elle devienne inapte. Ce document prend toute son importance dans le contexte hypothécaire, car il détermine qui pourra gérer le prêt, effectuer les paiements et prendre les décisions liées à la propriété si le propriétaire perd sa capacité juridique.
Homologation : étape obligatoire avant toute action
Un mandat de protection ne produit ses effets que lorsqu'il est homologué par le tribunal. Conformément aux articles 884.1 à 884.6 du Code de procédure civile du Québec, la procédure d'homologation nécessite une évaluation médicale et une évaluation psychosociale attestant de l'inaptitude du mandant. Le mandataire désigné doit présenter une requête au tribunal, accompagnée de ces évaluations. Cette procédure peut prendre plusieurs semaines, voire quelques mois. Tant que l'homologation n'est pas prononcée, le mandataire n'a aucun pouvoir légal d'agir au nom du mandant, même si des paiements hypothécaires sont en souffrance.
Étendue des pouvoirs : simple administration vs pleine administration
Le Code civil du Québec distingue deux niveaux d'administration. La simple administration (articles 1301 à 1305 C.c.Q.) autorisé le mandataire à poser des actes de conservation et d'administration courante : payer les versements hypothécaires, renouveler une assurance habitation, percevoir les loyers. La pleine administration (articles 1306 à 1307 C.c.Q.) confère des pouvoirs beaucoup plus étendus, incluant la possibilité de vendre des biens, de les hypothéquer ou de modifier substantiellement le patrimoine du mandant. Le choix entre ces deux niveaux doit être fait au moment de la rédaction du mandat, idéalement avec l'accompagnement d'un notaire.
- Simple administration : paiements courants, renouvellement d'hypothèque à conditions similaires, entretien de la propriété
- Pleine administration : vente de la propriété, refinancement, contraction de nouvelle hypothèque (sous réserve de l'autorisation du tribunal dans certains cas)
- Sans mandat : le tribunal nommera un tuteur ou un curateur, ce qui est plus long et plus coûteux
Implications hypothécaires pour le mandataire
En pratique, le mandataire qui souhaite intervenir sur le dossier hypothécaire du mandant doit fournir au prêteur une copie certifiée du mandat de protection, le jugement d'homologation du tribunal et une preuve d'identité. Le renouvellement d'une hypothèque existante est généralement considéré comme un acte d'administration courante si les conditions restent similaires. Toutefois, un refinancement, une augmentation du montant hypothécaire ou la contraction d'une nouvelle hypothèque sont des actes qui dépassent la simple administration. Même avec la pleine administration, les prêteurs peuvent exiger une autorisation judiciaire supplémentaire pour protéger les intérêts du mandant.
Rôle du courtier hypothécaire face à un mandat de protection
Le courtier hypothécaire joue un rôle de conseil essentiel dans ces situations. Il doit d'abord vérifier la validité et la portée du mandat homologué. Il doit ensuite communiquer clairement avec le prêteur pour s'assurer que les documents requis sont complets. Lorsque l'opération envisagée excède les pouvoirs du mandataire, le courtier doit orienter celui-ci vers un notaire ou un avocat spécialisé en droit des personnes pour obtenir les autorisations nécessaires. La Chambre des notaires du Québec et le Barreau du Québec offrent des services de référence pour trouver un professionnel compétent. Le courtier devrait aussi rappeler à ses clients l'importance de rédiger un mandat de protection couvrant expressément les décisions hypothécaires, et ce, bien avant qu'une situation d'inaptitude ne survienne.