Co-emprunteur et garant hypothécaire : comprendre les différences
Lorsqu'un acheteur ne peut pas qualifier seul pour le montant hypothécaire souhaité, l'ajout d'un co-emprunteur ou d'un garant constitue une solution courante. Cependant, ces deux options comportent des implications juridiques, financières et relationnelles très différentes que toutes les parties doivent comprendre avant de s'engager. Au Québec, le cadre légal est défini par le Code civil du Québec (CCQ), et le courtier hypothécaire certifié AMF a l'obligation de s'assurer que chaque partie comprend pleinement ses responsabilités.
Le rôle du co-emprunteur
Le co-emprunteur est un partenaire à part entière dans le prêt hypothécaire. Son nom figure sur l'acte hypothécaire et habituellement sur le titre de propriété. Son revenu, son crédit et ses actifs sont utilisés dans le calcul de qualification. En contrepartie, il assume une responsabilité solidaire pour la totalité de la dette. En vertu du CCQ, la solidarité entre co-emprunteurs signifie que le prêteur peut réclamer le remboursement intégral du prêt à n'importe lequel des co-emprunteurs, indépendamment de la proportion de propriété détenue. Le co-emprunteur le plus courant est le conjoint, mais il peut aussi s'agir d'un parent, d'un frère ou d'une soeur, ou d'un ami.
Le rôle du garant (caution)
Le garant s'engage à assumer les obligations de paiement si l'emprunteur principal fait défaut, sans nécessairement être inscrit sur le titre de propriété. Au Québec, le cautionnement est régi par les articles 2333 à 2366 du CCQ. Les prêteurs canadiens exigent presque toujours un cautionnement solidaire (article 2352 CCQ), ce qui signifie que le garant peut être poursuivi directement par le prêteur, sans que celui-ci ait à démontrer l'insolvabilité de l'emprunteur principal au préalable. Le garant doit satisfaire les mêmes critères de crédit et de revenu que s'il était lui-même emprunteur.
Implications financières pour le co-emprunteur et le garant
- La dette hypothécaire complète apparaît au dossier de crédit du co-emprunteur ou du garant, réduisant sa capacité d'emprunt pour ses propres projets.
- Tout retard de paiement de l'emprunteur principal est inscrit au dossier de crédit du co-emprunteur ou du garant.
- En cas de défaut, le prêteur peut saisir la propriété et poursuivre le co-emprunteur ou le garant pour le solde résiduel après la vente.
- Le co-emprunteur doit payer les droits de mutation immobilière (taxe de bienvenue) proportionnellement à sa part au Québec.
- Les gains en capital sur une résidence secondaire (si le co-emprunteur n'y habite pas) seront imposables lors de la vente.
Alternatives à considérer
- Augmenter la mise de fonds: Une mise de fonds plus importante réduit le montant du prêt et les ratios d'endettement, ce qui peut permettre la qualification sans co-emprunteur. Les dons familiaux sont acceptés par la majorité des prêteurs, accompagnés d'une lettre de don confirmant qu'aucun remboursement n'est attendu.
- Réduire le prix d'achat visé: Revoir à la baisse le budget d'achat pour rester dans les limites des ratios ABD (39 %) et ATD (44 %) du BSIF peut éliminer le besoin d'un co-emprunteur.
- Explorer les programmes de B-lenders: Certains prêteurs alternatifs offrent des ratios d'endettement plus généreux ou des programmes à revenu déclaré qui peuvent faciliter la qualification individuelle, moyennant un taux légèrement plus élevé.
- Consolider les dettes existantes: Réduire ou éliminer les dettes de consommation avant la demande hypothécaire améliore directement les ratios d'endettement et peut permettre la qualification sans aide extérieure.