Le rôle fondamental de la Banque du Canada
La Banque du Canada, fondée en 1934 en vertu de la Loi sur la Banque du Canada (L.R.C. 1985, ch. B-2), est la banque centrale du pays. Elle a pour mission principale de promouvoir le bien-être économique et financier des Canadiens. Contrairement aux banques commerciales comme la Banque Royale, la Banque TD ou Desjardins, elle ne traite pas directement avec le public et n'offre aucun service bancaire aux particuliers. Son influence s'exerce par l'intermédiaire de la politique monétaire, un ensemble de décisions qui touchent l'ensemble de l'économie canadienne et, par extension, le marché hypothécaire. La Banque est dirigée par un gouverneur nommé pour un mandat de sept ans. Elle emploie environ 2 000 personnes à son siège d'Ottawa et dispose de bureaux régionaux. Son indépendance opérationnelle lui permet de prendre des décisions de politique monétaire sans ingérence politique directe, bien qu'elle rende des comptes au Parlement par l'entremise du ministre des Finances.
Le mandat d'inflation : la cible de 2 %
Depuis 1991, la Banque du Canada et le gouvernement fédéral s'entendent pour maintenir l'inflation à une cible de 2 %, soit le point milieu d'une fourchette de maîtrise allant de 1 % à 3 %. Cette entente est renouvelée tous les cinq ans ; la plus récente, signée en décembre 2021, a maintenu la cible de 2 % tout en y ajoutant une considération pour l'emploi maximal durable. L'inflation est mesurée principalement par l'Indice des prix à la consommation (IPC) publié mensuellement par Statistique Canada. Lorsque l'inflation dépasse la cible, la Banque tend à augmenter le taux directeur pour ralentir l'activité économique et freiner la hausse des prix. Lorsque l'inflation est trop faible ou que l'économie tourne au ralenti, elle abaisse le taux pour stimuler l'emprunt, l'investissement et la consommation. La Banque utilise également des mesures d'inflation fondamentale, notamment l'IPC-tronq et l'IPC-méd, pour évaluer la tendance sous-jacente des prix en excluant les composantes les plus volatiles.
Le taux directeur : mécanisme et transmission
Le taux directeur, officiellement appelé taux cible du financement à un jour, est le taux auquel les grandes institutions financières se prêtent des fonds pour une durée d'un jour sur le marché monétaire. La Banque du Canada fixe ce taux et l'utilise comme levier pour influencer l'ensemble des taux d'intérêt dans l'économie. Le mécanisme de transmission fonctionne en cascade : lorsque le taux directeur augmente, les banques commerciales augmentent leur taux préférentiel (généralement de façon quasi immédiate et dans la même proportion), ce qui se répercute directement sur les taux hypothécaires variables, les marges de crédit hypothécaires (HELOC) et les prêts à taux ajustable. Les taux fixes, quant à eux, sont davantage influencés par le rendement des obligations du gouvernement du Canada, notamment l'obligation à 5 ans, qui reflète les anticipations du marché concernant l'inflation et la politique monétaire future.
Historique récent du taux directeur
L'historique récent du taux directeur illustre la volatilité potentielle de la politique monétaire. En mars 2020, face à la pandémie de COVID-19, la Banque a rapidement abaissé le taux de 1,75 % à 0,25 %, son niveau plancher effectif, pour soutenir l'économie. Ce taux exceptionnellement bas a stimulé le marché immobilier, entraînant une hausse des prix sans précédent dans plusieurs marchés québécois. Puis, face à une inflation qui a atteint 8,1 % en juin 2022, la Banque a amorcé le cycle de hausse le plus agressif en une génération, portant le taux à 5,00 % en juillet 2023 par le biais de dix hausses consécutives. Ce revirement a provoqué un choc pour les emprunteurs à taux variable et a considérablement refroidi le marché immobilier. À partir de juin 2024, la Banque a commencé à réduire progressivement le taux directeur, signalant un virage vers un assouplissement monétaire.
Impact sur le marché immobilier québécois
Au Québec, le marché immobilier est particulièrement sensible aux décisions de la Banque du Canada. Une hausse du taux directeur réduit la capacité d'emprunt des acheteurs en augmentant le taux de qualification (test de résistance B-20 du BSIF). Inversement, des baisses de taux stimulent la demande et peuvent entraîner une surchauffe dans certains marchés. Entre 2020 et 2022, Montréal, Gatineau, Sherbrooke et Trois-Rivières ont connu des hausses de prix spectaculaires, alimentées par les taux historiquement bas. Le retournement de 2022-2023 a ramené un certain équilibre, mais les prix n'ont que modérément corrigé au Québec comparativement à l'Ontario ou à la Colombie-Britannique. Les courtiers hypothécaires régis par l'AMF doivent comprendre ces dynamiques pour bien conseiller leurs clients, tant pour les nouveaux achats que pour les renouvellements.
- Taux variable : directement lié au taux préférentiel, qui suit le taux directeur avec un écart d'environ 2,20 %
- Taux fixe : influencé par le rendement des obligations du gouvernement du Canada à 5 ans, plus le spread de crédit du prêteur
- Marge de crédit hypothécaire (HELOC) : taux préférentiel plus une marge déterminée par le prêteur, généralement de 0,50 % à 1,00 %
- Prêt à taux ajustable (ARM) : le paiement change à chaque modification du taux directeur, contrairement au variable classique où seule la répartition capital/intérêts change
- Taux combiné (hybride) : portion fixe et portion variable, permettant une diversification du risque de taux
Les huit annonces de taux et le Rapport sur la politique monétaire
La Banque du Canada publie chaque année un calendrier de huit dates fixes d'annonce du taux directeur, généralement un mercredi à 10 h (heure de l'Est). Quatre de ces annonces coïncident avec la publication du Rapport sur la politique monétaire (RPM), un document détaillé qui analyse l'économie canadienne et mondiale, présente les projections d'inflation et de croissance, et identifie les risques. Les quatre autres annonces sont accompagnées d'un communiqué de presse plus bref. Le gouverneur tient une conférence de presse après chaque annonce accompagnée du RPM. Pour les courtiers hypothécaires, ces dates sont des moments stratégiques : il est essentiel d'informer les clients en processus d'achat ou de renouvellement, de préparer des scénarios et d'être prêt à communiquér rapidement les implications de la décision.
Ce que le courtier doit retenir
Pour un courtier hypothécaire au Québec, la Banque du Canada est le point de départ de toute analyse de marché. Suivre les annonces de taux, lire les communiqués et comprendre le Rapport sur la politique monétaire permet d'anticiper les mouvements de taux et de positionner ses clients de manière optimale. Le courtier averti surveille également les indicateurs économiques clés que la Banque considère dans ses décisions : l'IPC et ses mesures fondamentales, le taux de chômage, la croissance du PIB, le marché du logement, les anticipations d'inflation et le contexte économique mondial. En combinant cette analyse macroéconomique avec une connaissance approfondie des produits hypothécaires disponibles, le courtier peut offrir un conseil véritablement stratégique, dépassant le simple comparatif de taux pour devenir un conseiller financier de confiance.